LES TRAVERSEES FAUVES, GALERIE JEAN-FRANCOIS KAISER, STRASBOURG

2016 | Exposition personnelle

Après avoir traversé le vide, la lumière se heurte parfois à une atmosphère pour entreprendre une traversée des milieux. Suivant  les particularités de la matière qu’elle croise elle poursuit son chemin homogène, ou se disperse, fragmentée. Elle s’éparpille alors, déviant de sa route initiale pour aller vers de prochaines rencontres. La pensée, on le sait depuis longtemps, est lumière. Elle se déplace à travers les connexions nerveuses, et peut-être profite-t-elle des mêmes voyages que poursuit la lumière du Soleil.

A travers le prisme des signes, Anne-Laure regarde « l’Atlas1 ». La nébulosité, l’incertain du mot, l’amène vers un autre sens, traversant une chaine montagneuse jusqu’au paysage de son épine dorsale. Sa pensée ricoche alors depuis la montagne vers le sommet de sa colonne, vertèbre proéminente. Et pour cause, le mot est facetté, irrégulier, reflétant simultanément différents récits de son histoire. Comme la lumière frappant l’angle du verre, la pensée se divise vers d’autres possibles, tissant un réseau autour de l’objet qu’elle observe.

La lumière n’existe que par ses interactions, elle est fille de rencontres 2. Afin d’apparaitre -se distinguer du sombre- elle est vouée à traverser, rencontrer, relier, ramifier. Les peintures d’Anne-Laure progressent par associations d’images et de récits, entrelacés entre les trames de couleurs et de matières. Grâce au geste, elle traverse les paysages, les corps, les cultures, dont elle prend soin de préserver l’énergie. Sa peinture semble protéger des mouvements réciproques, faire « partie d’un courant, d’une énergie, d’une matière qui se recycle.3»

La lumière fait tension dans l’espace-temps, elle lie le présent au passé. Mais lors de son voyage, elle subit une déformation. Celle des débuts s’est refroidie durant sa traversée, transformée pour devenir onde radio, un fossile. Imperceptible à l’œil, il s’agit pourtant d’une persistance lumineuse, peut-être même d’une « résistance 4 » de la lumière à sa disparition. Il y a des objets plus denses que certains, aux signes s’ajoute la profondeur d’une mémoire, prisme aux milles facettes. La peinture est peut-être ainsi mémoire, une lutte pour ce qui « demande à vivre .5 »

Les traversées de la lumière / Par Camille Lapouge

1- Anne-Laure Garicoix, Fièvre rouge, des tempes jusqu’à l’Atlas, 2016.
2- Trinh Xuan Thuan, Les voies de la Lumière, physique et métaphysique du clair-obscur, Collection Folio-essais, Editions Gallimard (2008).
3- Propos extraits de La nostalgie de la lumière, Patricio Guzman, 2010.
4- Anne-Laure Garicoix, La résistance des lumières, 2016.
5- Vincianne Despret, Isabelle Stengers, Les faiseuses d’histoires, Les empêcheurs de tourner en rond, La découverte, 2011.   


 

INCANTATION, COOP GALERIE, BIDART

2014 | Exposition COLLECTIVE

Anne-Laure Garicoix est une tisseuse d’images. S’inspirant d’histoires glanées, d’images et de sons capturés, elle entrelace les référents sous la trame de la couleur. Des peintures des énergies, de fluides qui circulent et animent.
Autochtone des sols escarpés du Pays-Basque, elle tisse des paysages forts, évoquant déserts Islandais, tourbières charbonneuses ou steppes de l’Altaï mongol. A l’horizon, les montagnes se hissent vers la nuit. Les terres étoilées s’effacent pour laisser un passage, elles nous invitent à traverser, à passer au-delà. (La toundra s’éveille à minuit) L’image, comme fileuse de mirages, d’où jaillissent des poussières d’étoiles et de temps.
Empreintes d’animisme, ces peintures appellent une curieuse présence ; Des formes imprécises semblent à la fois incarner et invoquer l’esprit d’une terre omniprésente. (Les filaments de Kubera) Travail des métamorphoses, des silhouettes thérianthropes peuplent les plaines montagneuses. D’étranges créatures insaisissables surgissent, habitées par le paysage, elles se fondent dans l’espace-animal. « Djinns » et sorcières, gardiens de l’espace insulaire pictural, ils racontent.

Ils murmurent l’histoire de leur apparition. « Au centre du vide il y a une autre fête »*. Ces mots résonnent dans le calme des plaines. Apesanteur. Puis, instinctif, le geste dompte la couleur qui s’échappe. S’ensuit débordements, confettis et étincelles, les restes du vide qui un jour explosa. Des paillettes tintent ça et là, précieux débris des origines, créant des glissements vers des chimères, zones vibrantes et incertaines.

Pour INCANTATION « Les trois comètes déposent les songes » filent des liens vers l’Est. Entre éclats de poils et de terre, les figures hybrides d’Anne-Laure Garicoix rencontreront les costumes sauvages photographiés par Charles Fréger, du Pays Basque à la Bulgarie.

* Citation du poète argentin Roberto Juarroz.

Camille Lapouge


 

TEXTE LIBRE

2016 – LES TRAVERSÉES FAUVES

Traverser la peinture comme on traverse les paysages, le temps et les souvenirs.

Il y a de cela quand les couleurs des figures se dissolvent, dans les surfaces où se passent des projections fugitives.

La fuite vers les déplacements qui n’auront pas lieu, simplement l’échappatoire du silence et des cris, les deux à la fois; comme un fauve voulant atteindre le but ultime.

Se souvenir des belles choses, des beaux endroits, de ceux qui font vibrer les tempes, du désert à l’horizon, toujours, du turquoise dans le sommeil et des vagues qui n’ont jamais fait reculer.

Se jeter en pleine mer et faire une pause dans le cube de verre où la lumière reflète. Scintillement sur le rideau bleu. Rester là et contempler…

Puis repartir, fouler la terre jusqu’au racines, en regardant droit dans le soleil sans jamais le quitter.

Nuit fauve.

L’ombre grandissante devient sorcière, anatomie amazonienne éclairée par le feu, et s’y perdre.

Assouf, assouf, assouf… Combien de temps déjà ? Toute une vie.

Reprendre son souffle, menton levé vers les comètes…Oeil de tigre sur les plaines qui pénètrent le corps , transfusion des sentiments pour avancer, sans oublier le pas de côté, celui dont la chute mène au royaume des songes et des vérités.

L’aube et sa fièvre rouge.

Résistance des images de toute une nuit et les sonorités sauvages se révélant peu à peu.

Voix pleine.

Anne-laure Garicoix


 

TEXTE LIBRE

2015 – LA TRAVERSÉE DE L’HIPPOCAMPE

Entre l’eau et le ciel les bleus se confondent. Seul le nom de ce lieu , Terre de feu, vient faire rougeoyer les sommets des montagnes au loin. Combien de barques ont traversé le bleu électrique, caressant les ombres des ancêtres disparus.

Sur le mouvement de l’eau ressurgissent les étincelles des corps teintés de blanc, les comètes sont en nous. En s’allongeant pour rejoindre le passage de Drake, elles se dispersent et nous regardent.

Petit à petit l’horizon du silence face à nous, les sons les plus distants résonnent encore…Se forme alors le dernier soupir, faisant apparaître les résistances de la langue. L’eau fait semblant de dormir, elle répète en mémoire les mots de celles et ceux dont la présence s’éternise. Le vent se lève, les glaciers se forment, la lune rouge électrise la scène, alors que s’évanouie peu à peu la complémentaire.

S’effacent les contours, les bruits et les couleurs, se couvre le paysage de l’habit du corbeau, puis s’éteint, dans la vibration de la lumière, luttant indéfiniment.

Anne-Laure Garicoix


 

TEXTE LIBRE

2013 – Exposition personnelle – Sous ma terre, des tourbillons vers les étoiles centrales- Galerie du Second Jeudi, Bayonne

À la tombée de la nuit, lorsqu’ils frôlent le sol, la terre se soulève.

Elle rejette le souffle de ces corps qui cherchent à s’y enfoncer. Creuser des labyrinthes pour former de nouveaux bals masqués, là où les ancêtres portent des plumes sur le dos et des souliers de Drag Queen.

La terre brûle…

Les tourbillons de la fête propulsent les fugitifs vers les étendues vertes, là où le chandelier de la voûte céleste les éclaire. Dans ce temps de répit, ils peuvent entendre les grésillements qui font brunir leurs peaux.

Il fait nuit noire sous la lune.

La toundra s’éveille, Atacama s’éteint, alors que l’Amazonie clignote rouge.

Pendant ce temps, sa majesté fugitive a perdu une paillette depuis ses paupières dorées. Elle se situe à cet instant même dans le même axe que les étoiles centrales; Telle une luciole, elle scintille alors davantage.

Dans n’importe quelle posture, ici ou là, le silence règne; seules les particules élémentaires fredonnent dans l’oreille interne des nyctalopes . Ils perçoivent si bien les finesses de la nuit, que le jour, droit dans le soleil, ils cherchent à disparaître, à nouveaux.

Au prochain pas de côté, ils reviendront pour s’étendre, jusqu’à l’orbe de la lune.

Anne-Laure Garicoix

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